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Paulo Coelho et « La Sorcière de Portobello »

Barcelone 12/O7/O6

Comment expliquez-vous votre facilité à comprendre la complexité de l’âme féminine ? Ou bien, il vaudrait mieux demander : d’où vous vient cette obsession de vouloir approfondir la compréhension de l’âme féminine ?

Coelho – Tu vois, en réalité, je n’ai jamais fait le compte, mais je crois que la moitié de mes personnages principaux sont masculins et l’autre moitié féminins. Cela dit, le livre est un processus de rencontre avec moi-même, et l’une des choses que moi et tous les êtres humains de nos jours ont l’obligation d’accepter, c’est leur âme féminine. Nous ne parlons pas de sexe, tu peux être un homme, mais tu as une âme féminine, tu es femme, tu as une part de l’âme masculine, alors au moment d’écrire, peut-être, à ce moment-là suis-je en train de tenter de mieux comprendre ma propre âme féminine. Je ne dis pas que je connais l’âme féminine, mais c’est ma fierté dans mon âme féminine que je manifeste à travers les personnages.

L’intolérance, au sens le plus large, est-ce vraiment un thème qui vous préoccupe en particulier ?

Coelho – L’idée de... « La Sorcière », comme dans d’autres livres, c’est d’apprendre à beaucoup parler du visage féminin de Dieu. Je disais avant que… j’ai un visage féminin, mon âme féminine, et l’âme féminine de Dieu, elle est oubliée aussi. Si nous réduisons Dieu au Dieu masculin, à la discipline, à la rigueur, et oublions que par-dessus tout Dieu est amour, Dieu est pardon, la Déesse est la manifestation de nous tous. Dans un mythe grec classique, le monde est créé par Gaïa, par une femme et non par un homme, cela existe dans d’autres cultures où le monde est toujours créé par une femme. Sans aucun doute, il serait réducteur de dire que « La Sorcière… », ou si l’on lit le livre, « La Sorcière de Portobello », parle de l’intolérance, non, ce n’est pas ça. Je crois qu’il y a en ce moment un grand conflit entre les personnes qui nient complètement la possibilité de quelque chose au-dessus d’elles, et celles qui croient ; et parmi les personnes qui croient, il existe un conflit encore plus grave, il y a celles qui veulent simplement se rendre à une manifestation religieuse au sens classique de la religion, et celles qui vont à une manifestation spirituelle, et là, finalement, un choc se produit, tout le monde voulant reporter sa responsabilité sur la religion et oubliant sa responsabilité, tandis que l’être humain présent à ce moment-là est responsable de ce monde. Alors c’est ce côté spirituel qui est le fil conducteur de « La Sorcière de Portobello », ou leurs propres conflits dans la quête de ce côté spirituel, et je crois que c’est le mode central du livre.

Pourquoi la figure de la femme dans toutes les principales religions connues est-elle toujours reléguée à un rôle secondaire ? La femme est-elle dangereuse ? Toute femme est-elle potentiellement une sorcière ?

Coelho – Je pense que toute femme est potentiellement… elle a beaucoup plus de facilité que l’homme à développer ses dons. Et pourquoi est-ce que la femme a été reléguée dans les religions ? Nous avons là, enfin… malheureusement, nous sommes liés à quelque chose qui s’appelle mémoire de la planète, histoire, et quand la religion à un certain moment est complètement libre, elle est féminine, elle est matriarcale, les premières divinités que l’on rencontre sont les Vénus, ce sont les divinités féminines, de même que… les premières statues, les plus anciennes, archéologiquement parlant. Mais plus tard la religion est devenue un facteur d’organisation de la société. Il y a une époque, et… enfin, cette époque commence récemment du point de vue de l’histoire, en Égypte, où la figure du chef est profondément liée à la figure du prêtre, le pharaon est en même temps le grand prêtre. Pourquoi ? Parce que là on organise le plan physique, mais on organise aussi le plan spirituel. Alors on oriente toute une population, on oriente toute une culture vers, parfois, la manipulation sur le plan spirituel. Dans la mesure où la société se développe autour d’une direction masculine, cette direction masculine étant née de l’idée de la défense de cette tribu, ou de ce pays, l’homme au fond, il est le chasseur, il est le guerrier, il est la personne qui va répondre de ce village, pays, tribu, et dans la mesure où la figure du prêtre commence à se confondre avec l’homme plus qu’avec la femme, la divinité féminine disparaît. Elle réapparaît au moment où l’on découvre l’agriculture, au moment où l’on découvre, à cause de la contemplation féminine… enfin, que la plantation... qu’il existe une relation avec la terre, qu’il existe tout cela, elle réapparaît là, elle acquiert même une certaine importance, à certains moments de l’histoire, mais elle est toujours remplacée par la divinité masculine, qui est responsable de la rigueur, ou de la rigidité d’une structure religieuse. Maintenant je crois que cela commence à disparaître, et rapidement, tout ce processus est en train de se désintégrer, la déesse est beaucoup plus présente, tu vois ça dans d’autres livres, tu vois ça dans les films, tu vois ça dans l’âme même des personnes, de nos jours avec assez de… comment dirais-je ? Effort personnel, parce qu’il t’est difficile de dire la déesse, mais les gens osent dire de plus en plus la grande mère.

Il existe un courrant d’analystes qui défendent la thèse selon laquelle le fondamentalisme religieux trouve dans l’actualité un terrain fertile pour sa recrudescence. Paulo, vous aussi le croyez-vous ?

Coelho – Je crois que le fondamentalisme religieux est... s’installe en ce moment avec beaucoup de force. Maintenant, comprends bien que le fondamentalisme religieux est un fondamentalisme chrétien, islamique, judaïque, hindouiste, de n’importe quelle religion. Dans un moment comme le moment actuel, où la religion, la religiosité, gagnent en importance, les gens ont tendance à se regrouper autour de tribus religieuses. Mais c’est une équivoque, moi, j’ai ma religion, je suis catholique, mais mon livre aborde certaines questions quand l’Église refuse vraiment d’accepter certaines choses qui sont des réalités. Je vais la combattre à l’intérieur de mon Église parce qu’elle se ferme un peu, pourquoi une personne divorcée ne peut-elle pas communier ? Par exemple, n’est-ce pas ? C’est l’un des thèmes que j’aborde dans « La Sorcière de Portobello ». Pourquoi toute cette histoire avec les préservatifs ? Enfin, la réalité est autre, mais l’Église est très attachée à certaines traditions qui devaient être spirituelles, mais finissent par être des traditions purement sociologiques, cela détruit beaucoup sa… enfin, sa souplesse même par rapport au fidèle. C’est une Église qui parfois, je parle beaucoup de la religion catholique qui est la mienne, a cessé de croire aux miracles. Et les miracles sont toujours… il y a toujours des doutes au sujet des miracles, tandis que les pentecôtistes, eux, pensent aussi, ils sont terriblement fondamentalistes, que le miracle se manifeste toute la journée. Alors tu vois le fondamentalisme religieux surgir parce que les gens ne savent pas, ou n’ont pas encore, si je puis dire… la disposition, la souplesse, pour accepter ce nouveau monde spirituel. Pour faire une mauvaise comparaison avec un ordinateur, en ce moment nous acceptons tous Windows et Microsoft, parce que personne ne connaît bien l’ordinateur, c’est encore un mystère, nous sommes encore guidés par ça, mais tu commences déjà à voir, à l’intérieur du propre système de, enfin, des logiciels... des gens qui se mettent à créer le programme A, ou l’Open Office, ou le Mozilla, le Linux ; un jour viendra, et il est évident que ce jour viendra, où tout le monde aura accès à... au... à la structure de l’ordinateur, alors tu pourras choisir, ce que tu ne peux pas aujourd’hui. Tu ne vas pas perdre ton temps, à moins que tu n’aies de la patience, pour découvrir ce qu’est l’Open Office, tu vas acheter l’Office de Microsoft. Même chose avec la religion : tu... dans un moment où tu ne sais pas exactement ce qui se passe, où c’est un mystère, n’est-ce pas ? Le logiciel que tu utilises pour entrer en contact avec le monde de la magie, c’est le logiciel de la religion. Ce logiciel, dans la mesure où tu te mets à comprendre, il tend à disparaître et tu créeras ton propre chemin pour y arriver.

Pouvons-nous dire que « La Sorcière de Portobello » est le roman dans lequel vous avez été le plus audacieux dans l’utilisation de ressorts littéraires ?

Coelho – Non. Nous ne pouvons absolument par dire ça, je pense que... chaque livre est un livre et je ne crois pas aux ressorts littéraires. Je pense que les gens ont commencé à raconter l’histoire il y a cinq mille ans, dix mille ans, ils savent raconter une histoire et point final. Vouloir inventer, inventer la roue chaque fois que vous écrivez un livre, c’est infernal, c’est grotesque, et justement la littérature, elle s’est éloignée du peuple parce qu’elle est toujours en train de réinventer sa forme, ou ses ressorts littéraires, alors que ça n’a pas le moindre intérêt, l’intérêt d’une, d’une... d’un livre, c’est une bonne histoire qui transmet ce que l’auteur voulait transmettre. Et... dans le cas de « La Sorcière de Portobello », la manière que j’ai trouvée de raconter l’histoire a été celle-là, mais je n’ai eu aucune intention d’innover, absolument aucune, j’ai trouvé que c’était la meilleure manière et c’est ce que j’ai fait. Les thèmes, parfois tu vas d’un côté, tu vas de l’autre, « Onze Minutes », par exemple, je pense que ç’a été un thème risqué, la prostitution, ou même « Le Zahir », exposer la vie d’un écrivain, ou « La Sorcière de Portobello », parler comme je parle de... de la religion, de la voie féminine, maintenant en ce qui concerne la forme, non, la forme est et sera toujours la meilleure, la plus accessible, la plus directe, sans qu’elle soit superficielle. Dans le cas de la « Sorcière », j’ai trouvé, à travers des dépositions... la meilleure manière de raconter cette histoire.

Comment vous attendez-vous à ce que les lecteurs et lectrices brésiliens reçoivent Athéna, « La Sorcière de Portobello » ?

Coelho – Quand je l’ai écrit, j’y ai mis le meilleur de moi et comme n’importe quel autre de mes livres... quand je termine je mets un point final, et je dois me demander si je suis content. Je le suis. Suis-je satisfait ? Je le suis. Suis-je très satisfait ? Je le suis. Dès lors, il appartient au lecteur de juger. Je ne peux pas attendre que le lecteur reçoive de cette manière-ci ou reçoive de cette manière-là, il sait que là se trouve le meilleur de moi, il peut s’identifier plus ou moins avec le livre, mais là se trouve le meilleur de moi. Alors, ce n’est pas une chose à laquelle je pense ou réfléchis, cela lui appartient absolument. Le succès d’un livre ne dépend pas de sa promotion, il ne dépend pas de la publicité, il ne dépend que du lecteur, et aujourd’hui je sais que mon lecteur est présent dans le monde entier. Alors je ne peux pas écrire en pensant que cela va plaire à A ou à B ou à C, ou que je vais écrire pour ce pays-ci, pour ce pays-là, ou pour cet autre pays. Je dois écrire pour moi, pour ce que je connais de moi. Alors, si je suis satisfait, je m’attends à ce que les autres le soient. Mais je ne peux pas m’attendre à la façon dont A ou B, les lecteurs vont recevoir. Je suis certain qu’ils recevront très bien, parce que c’est un livre honnête, un livre dans lequel je parle de choses dont je voulais parler, et le lecteur sait que cela compte beaucoup. Mais de là à ce que cela devienne une préoccupation pour moi, non.

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Le grand problème d’Athéna, c’est qu’elle était la femme du XXIIe, alors qu’elle vivait au XXIe – et qu’elle permettait à tous de le voir. L’a-t-elle payé ? Sans doute. Mais elle aurait été amère, frustrée, toujours inquiète de « ce que les autres vont penser », disant toujours « laisse-moi résoudre d’abord ces problèmes, ensuite je me consacrerai à mon rêve », se plaignant sans cesse que « les conditions idéales ne se présentent jamais ».

Deidre O’Neill, connue sous le nom d’Edda  

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